VISAS, MERCENAIRES ET VERITÉ D’ÉTAT.

Les déclarations récentes sur les ondes de Radio Télé Métropole, où Sauveur Pierre Étienne a évoqué le rôle de Claude Joseph et de Smith Augustin dans la délivrance de visas à des ressortissants colombiens impliqués dans l’assassinat du président Jovenel Moïse, relancent un débat que la nation n’a jamais véritablement clos.


Quatre ans après ce crime d’État, la question n’est plus seulement judiciaire. Elle est institutionnelle.


Délivrer un visa n’est pas, en soi, un acte criminel. Les chancelleries délivrent chaque jour des autorisations d’entrée sur la base de documents administratifs. Mais dans le contexte haïtien de 2021 — marqué par l’instabilité, les luttes de pouvoir et la polarisation extrême — toute décision diplomatique liée à des acteurs armés étrangers prend une dimension politique majeure.


La vraie question est donc la suivante :


– s’agissait-il d’une simple procédure consulaire routinière, ou d’un maillon d’une chaîne décisionnelle plus large ?


Dans tout État fonctionnel, la diplomatie n’opère pas en vase clos. Les ambassades ne travaillent pas indépendamment des circuits exécutifs, sécuritaires et parfois contractuels. Si des individus entrés légalement sur le territoire se sont retrouvés au cœur d’un complot d’assassinat, alors deux hypothèses s’imposent :


1) Une défaillance grave du système de vérification.


2) Une instrumentalisation politique des procédures diplomatiques.


Dans les deux cas, la responsabilité est institutionnelle avant d’être personnelle.


Le drame haïtien est précisément là : l’absence de clarté.


L’assassinat du chef de l’État n’a pas seulement coûté une vie ; il a fracturé la crédibilité même des structures républicaines. Chaque révélation partielle, chaque insinuation, chaque silence prolongé entretient la suspicion et empêche la reconstruction de la confiance publique.


Il est dangereux de transformer des soupçons en condamnations sans preuve. Mais il est tout aussi dangereux d’étouffer les zones d’ombre au nom de la stabilité.


La vérité ne menace pas l’État.


C’est l’opacité qui le fragilise.
Haïti ne peut avancer tant que l’assassinat du président Moïse restera enveloppé d’ambiguïtés politiques, diplomatiques et sécuritaires. La justice doit suivre son cours, sans instrumentalisation, sans règlement de comptes, mais avec une exigence absolue de transparence.

Ce n’est pas une question de personnes.
C’est une question de République.


Jean G. Bourdeau – RTI

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