Le Pacte du Kinam : la crise de légitimité à ciel ouvert
Ce qui s’est déroulé à l’Hôtel Kinam n’est pas un simple désordre protocolaire.
C’est la manifestation publique d’un pouvoir en quête désespérée de validation.
Le « Pacte national pour la stabilité » porté par le Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé devait symboliser l’autorité retrouvée. Il a révélé l’inverse : fragilité, rivalités, absence de socle commun.
Un pacte ne crée pas la légitimité. Il la consacre lorsqu’elle existe déjà.
Quand une signature annoncée comme historique se transforme en scène de tension et de confusion, cela signifie une chose : l’architecture politique n’est pas stabilisée.
La tentative du Kinam ressemblait davantage à une démonstration de contrôle qu’à un véritable dialogue national. Or, le contrôle n’est pas la stabilité.
Stabiliser, c’est rassurer.
Stabiliser, c’est clarifier.
Stabiliser, c’est limiter le pouvoir par le droit.
Rien de tout cela n’a été perçu.
La question qui dérange : combien de temps ?
La crise n’est pas émotionnelle. Elle est structurelle.
Un pouvoir transitoire ne peut survivre dans l’ambiguïté de sa durée.
L’absence de clarté sur la temporalité nourrit la suspicion d’une prolongation déguisée.
Et l’histoire haïtienne est claire :
chaque fois qu’une transition s’éternise, elle se transforme en confrontation.
Le danger de la répétition historique
Évoquer 1807 n’est pas un slogan.
C’est un avertissement.
La fragmentation du pouvoir, les arrangements de doublure, la coexistence d’autorités parallèles ont déjà plongé la jeune République dans des décennies d’instabilité.
Aujourd’hui, toute tentative de consolidation sans base constitutionnelle solide risque de rouvrir ces fractures.
La vraie fracture : la confiance
Le véritable échec du Pacte du Kinam n’est pas l’incident physique.
C’est le déficit de confiance qu’il a mis à nu.
Entre :
* Un exécutif en quête de validation,
* Une opposition radicalisée,
* Une population désabusée,
* Une diaspora vigilante,
le fossé se creuse.
Et sans confiance, aucune architecture politique ne tient.
On ne stabilise pas un pays par la précipitation.
On ne consolide pas un pouvoir par la mise en scène.
On ne remplace pas la légitimité par des signatures.
Si la transition veut survivre, elle doit clarifier son mandat, fixer sa durée, élargir son consensus et restaurer la confiance.
Sinon, le Kinam restera dans les mémoires non comme un pacte fondateur,
mais comme le moment où la fragilité du système s’est révélée au grand jour.
RTI


