Haïti : une stratégie de verrouillage institutionnel en marche

Port-au-Prince, août 2025 –
Sous couvert de réformes administratives, le pouvoir en place en Haïti semble engagé dans une opération méthodique de prise de contrôle des structures de régulation, de sécurité et de lutte contre la corruption. Le Comité d’Initiative de la Transition (CIT), dans une note rendue publique le 13 août, alerte sur ce qu’il qualifie de dérive autoritaire visant à désarmer les contre-pouvoirs et à consolider l’impunité au sommet de l’État.

La récente éviction du Directeur Général de la Police Nationale, Normil Rameau, cristallise les inquiétudes. Bien que peu reluisant sur le plan sécuritaire, son départ brutal, à peine quelques jours après l’arrestation de l’ex-sénateur Nenel Cassy pour collusion présumée avec des gangs armés, suscite des interrogations. Pourquoi écarter un haut responsable en pleine opération de démantèlement d’un réseau criminel à implications politiques ? Le CIT y voit non pas une volonté de réforme, mais plutôt un reflexe d’autoprotection de la part d’un pouvoir soucieux de maîtriser les récits et les enquêtes.

Plus préoccupant encore, selon le Comité, est le projet de révocation du Coordonnateur de l’ULCC, Hans Ludwig Joseph, alors que ce dernier conduit plusieurs enquêtes délicates de corruption impliquant des personnalités proches du pouvoir exécutif et du secteur privé. Cette initiative, si elle se concrétise, représenterait un coup dur pour l’intégrité institutionnelle dans un pays où les mécanismes de contrôle sont déjà affaiblis par des décennies de compromissions.

Le CIT établit un lien clair entre ces décisions successives et une stratégie plus large de verrouillage du système judiciaire et sécuritaire. Dans une analyse sans détour, le comité dénonce une opération de blanchiment politique et économique, orchestrée par une alliance implicite entre certains acteurs étatiques et des intérêts privés dominants, cherchant à se soustraire à toute reddition de comptes. Cette dynamique, selon le Comité, constitue une menace directe pour l’État de droit et les principes démocratiques, déjà mis à mal par une insécurité chronique et une gouvernance marquée par l’opacité.

« L’objectif latent semble être de blanchir les fautes passées, désarmer les mécanismes de contrôle, et instaurer un contrôle unilatéral des leviers institutionnels »,

Henriot Jean-Jacques