DOCUMENTS — Le contrat pétrolier qui tient Haïti depuis 1993
De Varreux aux ports : l’équation du pouvoir économique
Enquête RTI ( Kanga)
Depuis la signature de l’accord du 30 novembre 1993, un document discret mais déterminant structure l’économie énergétique d’Haïti.
Ce contrat signé entre l’État haïtien et Terminal Varreux S.A. (TEVASA) révèle ce que l’ancien président Jovenel Moïse dénonçait comme un système dans lequel l’État perd progressivement le contrôle de ses infrastructures stratégiques.
Aujourd’hui, les pages de ce contrat refont surface et permettent de comprendre pourquoi le terminal pétrolier de Varreux se retrouve au centre de presque toutes les crises nationales.
Les signataires du contrat
Le document est signé par plusieurs hauts responsables de l’État haïtien :
Pour l’État haïtien
Louis Déjoie II
Ministre du Commerce et de l’Industrie
Marie Michèle Rey
Ministre de l’Économie et des Finances
Bonivert Claude
Gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH)
Le contrat est conclu sous l’autorité du gouvernement dirigé par :
Robert Malval, Premier ministre.
Pour Terminal Varreux S.A.
Gregory Mevs, président de la société.
Le mécanisme du contrat
Le contrat prévoit que :
l’État loue des réservoirs pétroliers appartenant à TEVASA
le carburant importé par le pays passe par Terminal Varreux
les paiements soient garantis par la Banque de la République d’Haïti.
La capacité de stockage prévue atteint environ 25,2 millions de gallons de carburant.
Ce système crée une situation où l’économie nationale dépend d’un seul centre logistique.
Le cœur des crises modernes
Plusieurs événements récents ont montré l’importance stratégique de Varreux :
2018 — crise PetroCaribe
Les manifestations contre la gestion des fonds PetroCaribe s’accompagnent de fortes tensions autour du carburant.
2021 — crise politique
L’assassinat du président Jovenel Moïse intervient dans un contexte de conflits politiques et économiques intenses.
2022 — blocage de Varreux
Le terminal devient le centre d’une crise énergétique majeure paralysant l’ensemble du pays.
Aujourd’hui, une nouvelle dynamique semble émerger.
Les discussions autour :
* de la présence de mercenaires étrangers
* du rôle potentiel d’Evergreen Trading
* des projets évoquant la sécurisation ou la gestion des ports haïtiens
suggèrent que la bataille pour le contrôle économique ne se limite plus au pétrole.
Elle concerne désormais l’ensemble de la logistique maritime du pays.
Dans l’économie haïtienne, les ports contrôlent :
l’arrivée du carburant
les importations alimentaires
les matériaux de construction
le financement du commerce.
Autrement dit :
celui qui contrôle les ports contrôle une grande partie de l’économie nationale.
Les documents du contrat pétrolier de 1993 permettent de comprendre une réalité souvent évoquée par les observateurs du système économique haïtien :
le pouvoir économique en Haïti repose sur le contrôle de trois leviers stratégiques :
le pétrole
les ports
le financement du commerce.
Trente ans après sa signature, le contrat de Varreux continue d’éclairer les tensions politiques et économiques qui traversent le pays.
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