ÉDITORIAL | Réaction critique modérée
La polémique déclenchée autour de la nomination de Sandra Paulémon au ministère de la Planification et de la Coopération externe révèle une constante de la vie politique haïtienne : la tendance à juger les acteurs publics avant même que leurs actions ne puissent être évaluées.
Les critiques formulées par l’éditorialiste Widly Jean soulèvent une interrogation légitime sur la mise en scène médiatique entourant le profil académique de la ministre, souvent relayée par son époux, Assad Volcy. Dans une société où la communication politique prend parfois le pas sur les résultats concrets, cette question mérite effectivement d’être posée.
Cependant, réduire une nomination ministérielle à une bataille de perceptions ou à une querelle personnelle risque de détourner le débat de l’essentiel : la capacité d’une responsable publique à produire des résultats au service de l’État.
Dans toutes les démocraties modernes, les diplômes constituent un élément de crédibilité, mais ils ne remplacent jamais l’épreuve du terrain. Gouverner ne se mesure ni à la longueur d’un curriculum vitae ni à l’intensité des éloges médiatiques. Ce sont les politiques publiques, la gestion des dossiers stratégiques et l’impact sur la population qui établissent la véritable valeur d’un ministre.
Le ministère de la Planification et de la Coopération externe occupe une place centrale dans l’architecture de l’État haïtien. C’est là que se négocient les programmes de développement, les accords de coopération internationale et les stratégies de reconstruction économique. Les défis sont immenses : coordination de l’aide internationale, planification territoriale, financement des infrastructures et reconstruction institutionnelle.
Dans ce contexte, la véritable question n’est pas de savoir si Sandra Paulémon possède deux maîtrises ou si son parcours académique est exceptionnel. La seule interrogation pertinente est celle-ci : sera-t-elle capable de transformer ce capital académique en résultats tangibles pour le pays ?
Comme le rappelle un proverbe africain cité par l’auteur lui-même, on ne juge pas la poule par la beauté de son plumage mais par ses œufs.
La politique haïtienne gagnerait à sortir de la logique des procès d’intention pour entrer dans celle de l’évaluation des performances. L’avenir proche permettra de mesurer la vision, l’intégrité et l’efficacité de la nouvelle ministre.
En définitive, ce n’est ni la rhétorique de ses défenseurs ni celle de ses détracteurs qui tranchera le débat, mais les actes posés dans l’exercice de ses fonctions.
Le temps, lui, demeure le juge le plus impartial de la politique.
RTI


