L’équilibre dangereux : Didier Fils Aimé entre légitimité externe vs survie interne

RTI — ÉDITORIAL

Le précipice de la transition

Par Rev. Rudy Laurent

Il existe des moments dans l’histoire d’un peuple où le pouvoir ne peut plus se cacher derrière l’ambiguïté. Haïti est à cet instant.

Le gouvernement actuel se tient sur une ligne étroite, presque invisible :

* d’un côté, les engagements pris auprès d’acteurs politiques locaux qui ont contribué à consolider son ascension ;

* de l’autre, la nécessité d’apparaître conforme aux exigences américaines en matière de gouvernance, de sanctions et de sécurité.

Ce n’est pas un débat moral. C’est une équation de survie.

Les États-Unis, par leurs déclarations publiques et leurs régimes de sanctions ciblées contre certaines figures politiques haïtiennes — notamment Youri Latortue, Joseph Lambert et Jocelerme Privert — envoient un message clair : la transition doit rompre avec les réseaux associés à la corruption et à l’instabilité.

Mais sur le terrain haïtien, la réalité est moins binaire. Les rapports de force internes ne se dissolvent pas par décret diplomatique. Les alliances politiques ne disparaissent pas sous la pression des communiqués.

Le pouvoir actuel doit donc choisir :

  • Soit il consolide sa légitimité internationale en rompant clairement avec toute proximité politique controversée, au risque d’ouvrir un front interne.
  • Soit il préserve ses équilibres locaux, au risque de fragiliser sa crédibilité externe.

Le précipice est là.

Un pouvoir qui dépend trop du soutien extérieur sans maîtriser son socle interne devient vulnérable. Un pouvoir qui s’appuie uniquement sur des alliances internes contestées devient isolé.

L’erreur serait de croire que l’on peut éternellement satisfaire les deux sphères sans cohérence stratégique.

Haïti n’a pas besoin d’un équilibre fragile. Elle a besoin d’une ligne claire.

La transition ne sera crédible que si elle assume une cohérence entre ses engagements publics et ses alliances réelles. Sans cela, la méfiance interne grandira pendant que la patience internationale s’amenuisera.

Et l’histoire haïtienne nous enseigne une vérité implacable :

” lorsqu’un pouvoir marche trop longtemps au bord du précipice, ce n’est pas la foule qui tombe en premier.”

C’est le centre.

— Rev. Rudy Laurent

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